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  • Les jardins de Babur, à Kaboul, en Afghanistan ; les plus vieux jardins de paradis moghols. Construits par Babur, ils devinrent sa dernière demeure lorsqu’il mourut en 1539.
    AKDN / Simon Norfolk
Jardins de paradis : passé et présent

Dans ce récit, Jurjen van der Tas nous raconte l’histoire des jardins islamiques et la façon dont ils sont adaptés à l’usage moderne. Il y évoque également les 20 ans d’expérience du Trust Aga Khan pour la culture dans la création et la restauration de jardins à travers le monde islamique.

Par Jurjen van der Tas, Directeur des partenariats et du développement du Trust Aga Khan pour la culture

Les jardins de paradis tirent leur nom de l’ancienne expression persane pairi dez, qui signifie « espace clos ». Appelés plus tard paradeisos en grec, et désormais connus sous le nom de jardins de paradis, ces espaces constituent des refuges indépendants pour la flore et la faune dont les humains sont les gardiens et les utilisateurs finaux. Face au climat aride du Moyen-Orient et du sud de l’Europe, il est essentiel que ces jardins soient continuellement approvisionnés en eau.

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Vue du canal d’eau qui longe l’axe central des jardins de Babur, à Kaboul.
Copyright: 
AKDN / Christian Richters

La présence de l’eau courante a donc toujours été étroitement liée aux jardins de paradis. Les vestiges des patios ornés de jeux d’eau des villas de luxe romaines construites il y a plus de 2 000 ans prouvent que le concept de ces jardins était déjà largement répandu dans le monde classique. Toutefois, les jardins de paradis ont toujours été considérés comme quelque peu exclusifs, n’offrant au mieux qu’un accès limité au grand public.

Les jardins Chihilsitoon, qui forment le plus grand jardin public historique de Kaboul et s’étendent sur 12,5 hectares, ont également été restaurés par le Trust Aga Khan pour la culture.

Outre le changement de concept qu’entraîna la translittération du persan vers le grec, le lien que ces jardins clos et isolés ont avec notre notion de paradis résulte directement de l’essor de l’islam à partir du 7e siècle. De nombreux versets du Coran décrivent le paradis comme un ensemble de jardins ornés d’arbres fruitiers où coulent des rivières d’eau, de lait, de vin et de miel. Les quatre jardins et rivières mentionnés dans le Coran ont fait naître le concept persan de chahâr-bâgh (jardin en quatre parties), qui a continué de s’étendre en orient durant l’Empire moghol. Les jardins du Taj Mahal et de la tombe de Humayun en Inde, les jardins de Babur à Kaboul et les monuments moghols les plus significatifs de Lahore en sont les meilleurs exemples.

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Le complexe funéraire de Humayun, à Delhi, en Inde, un exemple de chahâr-bâgh.
Copyright: 
AKDN

Au fil des années, l’accroissement du niveau de sophistication dans la conception des jardins de paradis entraîna la création de terrasses et la construction de canaux d’eau longeant un axe central et utilisant la pente naturelle des sites pour créer un écoulement. Outre les pavillons de jardin, le chador, une rigole en pierre décorée à travers laquelle l’écoulement de l’eau s’accélère et produit une écume blanche, fait partie des éléments qui ont fait leur apparition au fur et à mesure.

L’environnement serein, propre et sécurisé qu’offre le jardin nous invite à nous recueillir et nous détendre et contribue ainsi à renforcer notre qualité de vie. On pourrait même affirmer que les jardins ont été pensés à l’origine dans l’exact but d’encourager les visiteurs à se détendre et à se recueillir.

C’est donc dans cet objectif, et conscient des éléments fondamentaux des jardins de paradis, que le Trust Aga Khan pour la culture (AKTC) s’est donné pour mission il y a 20 ans d’améliorer certains aspects de la qualité de vie des personnes vivant dans différentes villes. L’idée principale était de permettre au grand public d’accéder à des espaces verts exceptionnels. Ainsi, le premier projet de l’AKTC consistait en la création d’un parc de 36 hectares à la périphérie est du centre historique du Caire, près du mur ayyoubide du 11e siècle. Construit sur une ancienne décharge sauvage qui culminait à 50 mètres, le parc Al-Azhar fut érigé en six ans et coûta plus de 30 millions de dollars.

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Le site d’Al-Azhar, au Caire, avant que le Trust Aga Khan pour la culture ne construise le parc.
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AKDN

Bien que ce parc soit récent, nombreuses de ses caractéristiques rappellent les éléments traditionnels des jardins de paradis, notamment ses terrasses, ses pavillons et son canal d’eau central orné d’un chador. En parallèle, des éléments totalement nouveaux y ont été intégrés, dont un amphithéâtre, des restaurants, un hall d’exposition et un terrain de jeux pour enfants.

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Le parc Al-Azhar aujourd’hui, depuis le même point de vue ; la transformation est saisissante.
Copyright: 
AKDN

Contrairement aux usages passés, lorsque le grand public ne pouvait accéder aux jardins de paradis que sur invitation ou lors de journées de célébration spécifiques, le parc Al-Azhar et les huit autres parcs créés par le Trust depuis n’imposent aucune restriction sur le nombre de visiteurs. Toutefois, avec plus de deux millions de visiteurs par an, le parc Al-Azhar fait face à un dilemme de taille : l’important nombre de visiteurs quotidiens peut compromettre la sérénité qu’un jardin de paradis est censé offrir. Compartimenter de plus petites sections du parc afin d’y restaurer des zones d’intimité pourrait constituer une solution partielle à ce problème. Cette option serait particulièrement adaptée aux sections du jardin dont l’importance historique est considérable. Au Pakistan, le Fort de Lahore, l’objet de l’un des derniers projets en date du Trust, se prêterait très bien à cette expérimentation. Les jardins privés en quadrangle créés autrefois par différents souverains moghols pourraient être partiellement reproduits tant dans la forme (en réintégrant la notion de séparation aux points stratégiques) que dans l’esprit (en régulant et en gérant le flux de visiteurs).

Le concept de jardin de paradis est toujours bien vivant à notre époque, comme en témoignent les plus de 50 millions de visiteurs qui, au cours des 13 dernières années, se sont rendus dans les neufs jardins restaurés ou créés et gérés par l’AKTC depuis 2005. Alors que le nombre de visiteurs devrait grimper avec la création de nouveaux parcs, il est essentiel de conserver les principes propres aux jardins de paradis, afin que ces espaces continuent d’inspirer les générations futures.

Pour tout complément d’information, nous vous invitons à visionner la vidéo « Le jardin de paradis le plus au nord du monde, le Jardin Aga Khan à Edmonton, au Canada » :


ainsi que cette vidéo qui présente les différents jardins du Réseau Aga Khan de développement (AKDN) :

Ce texte est une adaptation d’un article à l’origine paru sur le site internet de la Fondation Aga Khan Royaume-Uni.